Rien ne prédestinait cet apprenti mécanicien au métier de footballeur, dans un pays qui compte 80 000 licenciés. Rashidi Yekini, débute sa carrière de footballeur à 18 ans au club UTNL de sa ville natale, Kaduna. Une année plus tard, soit en 1982, il signe au Shooting stars d’Ibadan aux côtés de joueurs comme Mudashiru baba Tunde Lawal (paix à son âme) et Segun  » Mathematical » Odegbami. Auprès de ce dernier, il apprend toutes les ficelles du métier et se voit régulièrement convoqué en équipe nationale par le coach Festus oningbinde.

En 1984, il est recruté par Abiola Babes d’Abeokuta et s’impose comme un des meilleurs attaquants du pays. Il est vrai qu’avec son mètre 90 et son physique de déménageur, il n’avait aucun mal à dominer les défenseurs adverses. En 1987, le président de l’Africa sports d’Abidjan Simplice de Messe Zinsou, en quête d’attaquant d’envergure internationale, le recrute. Sur les bords de la lagune ebrié, il termine trois fois meilleur buteur du championnat en 3 ans, à tel point que le regretté Boubacar Kanté (connu pour attribuer des surnoms aux footballeurs) lui donne le pseudonyme de « taureau de Kaduna ».

Entre temps, le public africain le découvre lors de la CAN 84 en côte d’Ivoire, où il joue la plupart des matchs, mais se voit supplanter en finale par Ali Bala. En 88 au Maroc, il est présent au Maroc et le Nigéria décroche la médaille d’argent . Yekini, grâce à son travail de sape fait oublier le légendaire Richard dit Richie Owubokiri blessé. Deux ans plus tard, il est l’un des rares footballeurs expatrié nigérian à faire le déplacement d’Alger. Nous avons encore en mémoire ce but marqué aux ivoiriens à la première minute de jeu. Après avoir subtilisé la balle à un adversaire, il s’en va batte d’un tir de 20 mètres son coéquipier de l’Africa sport Alain Gouaméné. Cette année encore, le Nigeria échoue en finale devant le pays organisateur. En fin de saison, il pose ses valises au vittoria de Setubal (Portugal) et ne tarde pas à confirmer sa réputation de canonnier.

En 1992, le Nigéria échoue en demi-finale de la CAN et Yekini termine meilleur buteur de l’épreuve avec 5 buts. Deux ans plus tard, les super eagles, après avoir composté leur ticket pour le mondial américain, décrochent leur second trophée continental en tunisie et Yekini termine encore, meilleur buteur avec 5 buts. Au mondial, après avoir marqué le premier but nigérian dans une coupe du monde contre la Bulgarie, il n’arrive pas à donner la pleine mesure de son talent, suite à des divergences de vues avec son coach Clemens Westerhof, qu’il accusait de ne sélectionner que les joueurs qu’il est susceptible de vendre plus tard. Après une pige d’une année à l’Olympiakos (1994-1995), il retourne dans la péninsule ibérique et effectue une année au Sporting de Gijon (Espagne) et une autre dans son ancien club, le Vittoria de Setubal. A partir de ce moment, c’est la décadence pour notre champion, qui devient globe-trotter. Il joue successivement à Zurich (Suisse), au CA Bizerte (Tunisie), Al Shabab (Arabie Saoudite), Africa sports d’Abidjan, Julius Berger, avant de terminer sa carrière au Gateway FC du Nigeria. Entre temps, en 1996, les autorités nigérianes refusent la participation de leur équipe nationale à la CAN Sud-africaine, pour « officiellement »des raisons de sécurité.

La CAF suspend le Nigéria de la CAN 98. Malgré le poids des ans, il est présent en France pour le mondial. Après sa carrière, il est floué par des hommes d’affaires véreux. Sa femme et ses enfants le quittent et il vit seul dans sa demeure d’Ibadan en compagnie de ses domestiques. Cette Solitude le mène à la dépression nerveuse. Un jour, alors qu’il se rendait au stade national d’Ibadan pour y suivre un match de championnat, il est rattrapé par certains membres de sa famille, qui le ramènent la maison et l’enchaînent à son lit. Il finit par rendre l’âme le 04 mai 2012 à l’hôpital d’Ibadan. L’année suivante, un match au sein duquel ses anciens coéquipiers prennent part, est organisé en son honneur, afin que nul n’oublie celui qui n’a jamais pu prendre à défaut le défenseur de l’ASEC, Fallet Villasco Faustin.

Dors en paix champion. « A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons ».

Mohamed Soumare

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