A l’instar de la plupart des footballeurs africains, Jules François Bocandé commence à taper dans la balle, dans les rues de sa ville natale de Zinguichor. Grâce à sa technique, il est repéré par les dirigeants du casa sport de Ziguinchor qui l’enrôlent. En 1975, alors qu’il n’a que 17 ans, il est surclassé en équipe première. Ce qui lui avait permis de côtoyer de joueurs comme Ousmane N’Diaye dit compliqué, Demba ramata N’Diaye, Tony Coly, MamaDou Teuw…En 1979, cette bande de jeunes remporte la coupe du Sénégal aux dépends du Jaraaf de Dakar. L’année suivante, Bocandé et ses amis contraignent la Jeanne D’arc au nul 1-1 en finale de coupe nationale. Une semaine plus tard, soit le 07 Août 1980 lors de la seconde édition, l’arbitre Badara Sarr accorde un pénalty à la Jeanne D’Arc à quelques secondes de la fin du match. Après un essai infructueux, Sarr décèle une irrégularité et demande au joueur de la Jeanne d’Arc Thierno Youm de retirer le penalty. Chose qui provoque l’ire des « casaçais » et plus particulièrement de Bocandé qui agresse l’arbitre. Quelques jours plus tard, la fédération sénégalaise de football le sanctionne à vie. Grâce à un industriel belge, il émigre en Belgique et signe à l’union sportive de Tournai (D3). il y reste jusqu’en 1982, année à laquelle les dirigeants du Fc seraing (D2) l’engagent. Grâce à ses qualités de buteur, il permet à l’équipe de retrouver la D1. Suite à la faillite du club en 1984, il pose ses valises à Metz. Le public français découvre cet attaquant à la technique d’orfèvre et sens du but élevé. Quelques semaines après son arrivée en lorraine, il contribue à l’élimination du FC Barcelone en Coupe des vainqueurs de coupes au Camp Nou (4-1 un exploit à l’époque). Sa « vista » et sa « grinta » ont permis à son coéquipier Tony Kurbos de réaliser le triplé. Le 01 Septembre 1985, il connait l’apothéose de sa carrière en réalisant le triplé face au Zimbabwe au stade de l’amitié de Dakar (victoire 3-0). Par la même occasion, il permet aux lions du Sénégal de retrouver la CAN après 18 ans d’absence. Lors du tournoi en Égypte, les lions après avoir réaliser deux victoires, contre le pays organisateur et le Mozambique, s’inclinent face à la Côte d’ivoire et sont éliminés de la compétition (à une époque où la victoire comptait 2 points, le nul 1 point et la victoire 0 point). Après l’élimination, les accusations fusent de partout. Les joueurs s’en prennent aux dirigeants, qui eux font état des « troisièmes mi-temps » des joueurs. En fin de championnat de France 1986, Jules termine meilleur buteur de la saison et reçoit une offre d’une PSG, qu’il accepte. Dans la capitale, l’adversité de certains de ses coéquipiers et une mauvaise hygiène de vie (sa relation avec une célèbre chanteuse congolaise a défrayé la chronique), l’empêchent de réaliser une bonne saison. Il signe en 1987 à Nice et y reste jusqu’en 91, année à laquelle il se retrouve à Lens. En 1993, il met fin à sa carrière à Alost en Belgique. Entre temps, avec les « Gaïndé » (lions du Sénégal) il termine quatrième de la CAN 90 en Algérie et quart de finaliste de celle de 1992 à domicile (battu 0-1 par le Cameroun). Après le rectangle vert, il prend place sur le banc de touche de l’équipe nationale en compagnie de Boubacar Sarr dit Locotte.Après, une place de quart de finaliste en 1994 en Tunisie, le duo Bacandé-Sarr est débarqué et Jules se retire dans sa Casamance natale et il essaie de donner un coup de main au Casa Sport. Passionné devant l’éternel, il y engagera toutes ses économies. En 2001, Bruno Metsu lui fait appel pour renforcer son staff technique. Il participe à la belle épopée des lions à la CAn au Mali (finaliste) et au mondial en Corée du Sud et au Japon (quart de finaliste). L’année suivante, suite à des divergences de vues avec le nouveau coach Guy Stephan, il jette l’éponge et retourne à Ziguinchor. En Avril 2012, son ami Carlo Molinari (président de Metz) prend en charge son transfert et ses frais d’hospitalisation à Metz, suite à un accident vasculaire cardiaque. Malheureusement, le 07 Mai 2012, il passe l’arme à gauche. Quelques jours plus tard, des obsèques nationales sont organisées en son honneur, au stade Senghor. Ironie du sort, le début de la cérémonie est marqué par un coup de sifflet de Badara Sarr (qu’il avait agressé le 07 Août 1980). Le lendemain, la dépouille mortelle est transportée par avion à Ziguinchor, où il est enterré. Depuis, un mémorial est organisé en son honneur, afin que nul n’oublie celui qui, pour disputer un match de son équipe nationale, s’est fait expulser lors d’un match de championnat de France (à une époque où les clubs refusaient de libérer les internationaux africains) en Août 1985. Dors en paix Jules. « A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons ».

Mohamed Soumare

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